Since my childhood,  Africa has always been a deep and major inspiration to me.
When I was a teenager, I read the books of Claude Levi Strauss  which allowed me to discover Africa from an ethnological perspective. I was fascinated by anthropology, the study of the diversity of human societies and the philosophical ideas that they carry. Through Strauss' research, I was able to compare the ways of life, its isolated and untouched regions to our increasingly technologically developed civilization and it encouraged me to demonstrate the absurdity of racism and colonialism and denounce that particular sense of superiority that certain white nations called "civilized" have historically felt, and unfortunately, still do. I began painting finding inspiration in photos from archives, in travel books or research documentation on particular tribes. In other cases, I would just let my imagination flow freely because I have never worked with a live model. My first works were specific to the tribal aspects of Africa I would paint men, women and children against sober, neutral backgrounds or none at all, to represent freedom, poverty, solitude and the couple and the family spirit while trying to illustrate the harmony, wisdom and purity existing in their condition despite of the sometimes brutal traditions, customs and rivalries they encountered. 
My recent works are on paper and linked to a more contemporary period. I present portraits and silhouettes which bear witness to solitude, suffering and slavery, but also joy, sexuality, masculinity, femininity, the couple, or simply beauty.
The portraits' size give them both a pronounced and imposing presence. Each work tells a story: the face of that woman in the dark just wearing a red collar from which blood drips. Another portrait is of a woman seated against a blue and white background, cut in two showing a line that should not to be crossed, begetting a solemn and silent intense gaze, with a calm face bearing eyes that stare and follow us. We feel her strength and her kindness; she is graceful, with a barely perceptible smile, and few black drops of blood run from her neck which seems to make us understand that we are in front of a less happy story than it seems. Interpretations can differ from person to person and, to me, they all are very precious to hear.  One interprets my painting according to their personal history and will perhaps invent their own story based on what they see. Everything is the expression of a moment and an emotion. My aim is to create a real emotional presence. My choice to take my inspiration from Africa means engaging with issues that are dear to me: inequality, injustice and racism. It also means to admire beauty and talk about the existence of the "other", that other person who is not me and who exists in a different place. Our world is made of the coexistence of men and women, crossing different cultures many of which may or may not find mutual understanding living in avoidance of one another, being wary of one another, being supportive, merging, hating and killing one another.
African inspiration has a lifelong history with me bearing an unknown and yet familiar language which allows me to express myself with an artistic, philosophical and metaphorical discourse.

 

Catherine Starkman, 2019

J’ai toujours été profondément attirée par ce qui venait d'Afrique et cela depuis mon enfance..

Quand j’étais adolescente, j'ai lu les livres de Claude Levi Strauss qui m’ont fait découvrir l’Afrique d'un point de vue ethnologique. L’anthropologie, l’étude de la diversité des sociétés humaines et la philosophie qui s’en dégageait m'ont fascinée. Ses recherches m'ont permis alors de comparer les modes de vies de ces régions reculées et vierges à ceux de notre civilisation s'épanouissant dans la haute technologie et de pouvoir prouver le non-sens du racisme et du colonialisme et de ce sentiment de supériorité qu’ont pu et peuvent malheureusement toujours ressentir certaines populations dite civilisées et blanches. J’ai commencé par m’inspirer de photos d’archives que je trouvais dans des livres de voyage ou d'études sur certaines tribus ou bien je m'abandonnais tout simplement et naturellement à mon imagination car en fait je n'ai jamais travaillé d’après un modèle vivant.

Dans mes premières pièces, je m’inspirais plus du côté tribal. La liberté, le dénuement, la pauvreté, la solitude, la famille que je traduisais par une simplicité du décor ou sa non existence. Je tentais d'illustrer cette harmonie, sagesse et pureté qui s'en dégageaient malgré des coutumes ou des rivalités parfois brutales. Mes récentes oeuvres sont sur papier et sont liés à une période plus contemporaine. Je présente des portraits, des silhouettes qui témoignent de la solitude, de la souffrance, de l'esclavage, mais aussi du bonheur, de la sexualité, du masculin, du féminin, du couple, ou tout simplement de la beauté.

Ces portraits sont plus immédiats par leur grand format qui rend leur présence plus prononcée et imposante. Chaque œuvre raconte une histoire, comme celle de cette femme, dans l’ombre, juste vêtue d’un col rouge d’où glissent des gouttes de sang, ou de celle au fond bleu et blanc, coupé en 2 comme une frontière à ne pas dépasser, solennelle, silencieuse au regard intense, au visage calme avec ses yeux qui ne nous quittent pas, assise, les bras croisés. On la sent forte et douce, elle est gracieuse, avec un sourire à peine perceptible, et pourtant quelques gouttelettes noires, du sang coulant de son cou, semblent vouloir nous diriger vers une apparence moins heureuse. Les interprétations peuvent être diverses et c’est exactement ce que je cherche. Que chaque personne, selon son passé, son histoire, puisse s’approprier ma peinture pour se raconter une histoire. Tout est l’expression d’un moment, d’une émotion. Je veux créer une véritable présence émotionnelle, Si je choisis de m’inspirer de l’Afrique, c’est pour aborder ces thèmes qui me sont chers : celui de l'inégalité, de l'injustice, du racisme...C’est aussi pour admirer la beauté et parler de l'existence de "l’autre", celui qui n’est pas vous et qui existe dans sa différence. C’est le propre de notre monde, la

coexistence de tous ces hommes et femmes, ces cultures qui se croisent, qui peuvent ou non se comprendre, qui s’évitent, qui se méfient, qui se lient, qui se soutiennent, qui fusionnent, qui se haïssent et qui s’entretuent.

Cette inspiration africaine ne m’a jamais quittée, c’est pour moi, un certain langage, étranger et familier en même temps, qui me permet d’énoncer une forme de discours artistique, philosophique et métaphorique.

Catherine STARKMAN 2019

             Conversation with Jérôme Neutres

Advisor to the Chairman of the National Museum "Le Grand Palais"in Paris, curator of modern and contemporary art exhibitions including recently the retrospectives "Bill Viola" and "Robert Mapplethorpe

"Le pinceau glisse sur la toile en laissant la trace de ses pigments, une odeur forte de vernis et d'essence remplit la pièce. Voila une nouvelle pièce qui se mets en place, quelques vagues formes, quelques aplats de couleurs pour juste donner une légère structure mais le bonheur de se laisser guider par l'instinct, l'œil s'exerce à la nouvelle  chose, tâtonne, sent, prévoit, envisage, s'élance, s'émeut, efface, imagine, le rythme, la pulsion s'accélèrent et sous l'emprise d' un enthousiasme pressant, une passion déchirante surgit la crainte de perdre le fil, de n'aller nulle part. Ça c'est le risque de cette liberté, cette non programmation cet élan suave et comme dans la vie, le résultat peut être heureux ou tourner à la chute.

Mais de préparer le dessin la couleur sur des croquis préliminaires ne m'intéresse pas car alors le tableau n 'a plus de vie, plus de mystère. Cela ne devient alors  qu’une entreprise de travaux en bâtiment, un automatisme denué de sentiments ou tout simplement du coloriage comme dans les albums pour enfants. En effet les éléments se mettent en place, un échange se crée entre la matière, le dessin et la couleur, une fusion qui donne naissance à un sentiment de vérité et une émotion devant ce produit de pure création. L'inachevé  appelle la main du peintre et aussi son raisonnement pour l'équilibre le goût, le rythme. C'est un accord entre le pensé et le ressenti.

Souvent le spectateur est intimidé ou effarouché par l'abstrait et essaye de retrouver des correspondances avec le figuratif. Est ce le silence de ces aplats, de ces épaisseurs, de ces laques translucides ou la liberté procurée par justement le non dit qui provoque cette gêne? Pourquoi ne pas juste lâcher prise et se permettre l'abandon!

L'abstrait est un monde sourd et puissant ou s'éparpillent des étoiles de lumière des aigus, des graves, des ombres insidieuses, des touches de piano, des cymbales, des pas de dinosaures et des chants d'oiseaux fragiles. Toute l'espèce animale, florale, la nature humaine se désarticule en blocs, en  carrés, en ronds en coulures, en effacement, un monde unique, intemporelle où le plaisir, la douleur la froideur, la sensualité, l'exigence se fondent l'un dans l'autre, par des matières de terre, des laques bref un mouvement de va et vient, une ronde de couleurs qui prennent à la gorge."

 

© Catherine Starkman (2014)

 "L'espoir du peintre est de faire coexister des couleurs pures et inventées, formelles et inédites, des  matières de toute sorte, et que cet entrechoc de bruits visuels parvenne à une harmonie. Un bleu épouse  un gris après avoir enlacé des blancs effacés puis se cogne sur un violet, et dans son passage, il crée " l'image". Le mirage est d'aboutir à l'organisation de la transparence et de la matité, du primitif et du  sophistiqué, du non-dit, du suggéré et de l'évident. Les écritures sont universelles. Pas besoin d'un  message codé, parlé, pour faire connaître et comprendre l'espace, le silence, le bruit, les rencontres, les  échanges, la multi-nationalité, le désordre, l'ordre, la dictature, la faim, le désir, le manque. La peinture  s'accroche au mur avec ses cris intérieurs, ses moments de noblesse et de bonheur. Faire naître des anti-  paysages. L'exploit de rendre concret l'imaginaire - de faire exister l'unique. Les yeux palpitent des millions  de fois à la minute, le coeur enregistre les émotions- c'est cette veine chaude qui va guider la main du  peintre et la faire exister en tant que tel.

 

 © Catherine Starkman (2010)

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